Ce qui se déchire, ce qui lacère, se pulvérise, ce qui tremble ; ce qui s’émiette ou vacille, ce qui ruisselle et s’éparpille, palpite et scintille ; ce qui s’éteint, ce qui hésite – ce qui meurt. Je ne suis capable d’attention que pour l’instable et l’irisé.
Coquelicots : chaos de lèvres dans un champ.
Ma bataille est celle du temps : c’est vrai pour cette mélancolie où je m’effondre régulièrement, esprit fondu, bras ballants. Vrai pour le goût de l’amour : vitesse, précipitation. Ce n’est ni le sens, ni même la chair, mais le feu, qui vous arrache au passage, cloue au sol le corps et le présent. Quand le cœur s’affole, le temps semble soudain se taire : c’est nous, pour une fois, qui le comptons.
L’intérêt que je peux éprouver devant ce genre de phrases, qui sont, à proprement parler, des « phrases » : j’en ai pleine conscience, et il y a cependant, la nécessité de les écrire, comme si – et c’est le cas – le fait que le temps passe ne me suffisait pas, comme si la mise en mots la plus précieuse qui soit le dotait encore de certaine profondeur… Tout cela lourdement formulé, mais exact : je suis sans cesse de l’autre côté des choses, du côté où la réflexion du langage donne sa couleur à ce qui pourtant en dehors d’elle resplendit.
Je voudrais que son sourire ne se déplie que pour moi, encore et encore…
