J’étais dans mon métro. Il avait neigé fort la veille. Les routes, les rues, les quais des gares et les toits des maisons étaient encore touts blancs. Il avançait vers Paris Saint-Lazare. J’étais satisfaite des mes vêtements. Mes cheveux étaient fraichement coupés, j’étais jolie, je le savais. Les gens assis autour de moi me jetaient parfois des regards furtifs. Ça me confortait dans mon sentiment. Après Saint-Cloud, la vue se dégagea vers le sud-est. On voyait apparaître Paris.
Ce Paris que je connaissais mieux ainsi, vu d’ensemble, de la tour Montparnasse au Sacré Cœur, des tours du 13e à celles de La Défense, plutôt que depuis le bas des immeubles. J’étais parisienne du haut des tours, parisienne depuis le ciel. Et non parisienne des passages cloutés, du métro, des petits commerces, non parisien de quartier.
J'ai jetté un regard à travers la vitre, et j'ai vu la Tour Eiffel. Je me suis vue aussi dans le reflet de la vitre. Égoïste, narcissique comme je le suis, marchant à l'encontre mon milieu et de la société dans laquelle j’avais grandi qui m’avaient appris à ne pas compter dessus pour survivre, je me suis trouvée belle à cet instant. Paris était beau, et j’étais belle. Et mon parcours était beau, et le mec que j’aimais était beau aussi. Alors j'ai cru un instant que ma vie était parfaite, que j’étais la plus heureuse des filles. J’étais bien habillée, j’avais des sentiments sincères et j’étais quelque part, à l’abri.
J’étais dans un film de Xavier Dolan.
