Je suis presque désolée d'être partie aussi précipitamment. Je m'en voulais d'avoir cédé encore une fois. Je m'en voulais d'être retombée alors que je m'étais juré que je valais mieux que ça. Mieux que d'être ton plan de secours, mieux que d'être l'idiote à la mémoire courte, celle qui s'imaginait que tu étais encore quelqu'un de bien, celle qui était aussi naïve que tu avais été lâche.
J'avais préféré ces premiers rendez-vous. Lorsqu'on se parlait à nouveau, innocemment en apparence, ces regards par en dessous, ces simulacres de séduction, ces demi-mots gentiment cinglants, un peu douloureux, parfois amers. Je les avais préférés parce que je ne savais pas encore à quoi m'en tenir, parce que je pouvais encore prétendre que tu ne pouvais pas m'arracher de toi malgré ce qui s'était passé, que tu désirais en moi quelque chose de plus spécial, autre chose que mon cul en somme.
Mais il se trouve qu'on n'est pratiquement jamais l'exception de cette putain de règle. T'as rejoint le mouvement. Et je m'y suis soustraite. Aussi simple que ça.
Il n'y a jamais rien eu entre nous. Il suffit simplement d'essayer de se souvenir de ces jours heureux pour se rendre compte que rien n'a jamais compté pour toi, et que j'étais trop amoureuse de l'amour pour pouvoir laisser entrer qui que ce soit d'autre. La place était prise, en chacun de nous, par quelqu'un ou quelque chose de trop grand, qui nous dépassait complètement.
Il est 22h16 et doucement je ris, doucement je laisse les dernières bribes de ce qui n'a jamais été, s'égréner sous mes doigts. Et je m'excuse, parce que c'est ce que je fais moi, quand je veux terminer quelque chose et que je veux que l'autre comprenne qu'il n'a pas besoin de mourir.
Tu m'as dit une phrase en espagnol, il n'y a pas longtemps, à propos d'un aveugle et d'un truc genre qui vivra verra, et je n'arrive même pas à m'en souvenir.
Have a great life.
