
Plus que quelques heures.
Jusqu’alors je quittais une période démente pour une période merdique, j’étais comme suspendue entre le passé et l’avenir sans pouvoir foutre les pieds sur Terre et profiter du présent. Ou alors quand j’avais vécu un truc lourd je passais mon temps à le regretter du coup je perdais mon temps. C’est fini. Depuis quelques jours je suis tout ce que j’ai été depuis le début. Je suis portée par tous les lieux que j’ai vus, qui m'ont dessiné et comprimé le cœur. J’ai même plus peur de pas revivre ces moments qui quand j’y repense ont quelque chose de complètement surréaliste. Ils sont derrière mais pas partis, je les ai quelque part dans la poche, sur les phalanges ou le long de la gorge. J’y pense plus que rarement : le temps d’un quart de seconde je me rends compte de ce que je suis et j’en chialerais tellement je suis devenue à la fois si légère et si lourde. Et finalement je m’en fous, je suis passée dans une autre dimension, éjectée hors du monde.
Ce qui se présente à mon esprit, de façon récurrente, l'image du scarabée qu'on noyait en lançant des pierres, le long du canal. Le vide sous moi. L'odeur âcre et métallique de la rambarde hérissée de pointes, que je serrais contre moi, parce que c'était l'empalement ou la chute. Tu me regardais.
Je voudrais planter ma tente dans le futur. Et qu'on s'y cache. Qu'on perde notre temps à regarder la pluie froide s'abattre: calmes, confiants, parce qu'après la pluie.
I won't wait for you. I'll wait with you.
[Note à moi-même:]



