
"Ce soir-là, dans notre chambre de la pensione Bucintoro, Marie se tourna vers moi.
- Je crois, me dit-elle, que j'ai fini de t'aimer.
Je le savais déjà, naturellement. Et vous aussi. Je suis tout de même tombé des nues. Ce que nous exprimons est toujours en retard sur ce que nous ressentons. Mais ce que nous ressentons ne se met à exister que quand nous l'avons exprimé.
[...]
Toute la nuit, nous avons parlé de nous comme font les gens qui s'aiment et aussi ceux qui ne s'aiment plus. Les mots inévitables ont été prononcés. Je lui ai dit:
- Je t'aime.
Elle m'a dit:
- Je t'aime beaucoup.
J'ai compris ce que les adverbes avaient de détestable. Pour bien me faire sentir que tout était fini à jamais entre nous, elle m'a bien serré contre elle."
