
Je ne l'ai pas dit la première fois. Je crois même lui avoir dit qu'il fallait qu'il y aille, que c'était ce qu'il désirait et que de toute façon je ne voulais moi-même que ce qui le rendrait heureux. Parce que c'était tout son futur. Parce que je pensais au fond de moi que même après autant de temps, je n'avais pas le droit de demander une chose aussi immense, une chose pour moi. Et que Grenoble, ce n'était pas si loin après tout, si on pliait la carte en 4. Et peut-être parce que je n'ai rien dit, tout a changé.
Alors, je vais faire une chose que je n'ai jamais accordée à personne. Je vais te demander de ne pas partir, parce que. Parce que c'est tellement compliqué pour moi de laisser entrer des gens dans ma vie, et que pourtant je n'ai pas eu envie une seule seconde de me défiler en face de toi. J'ai voulu que tu saches tout, ce que j'ai vécu et ce que je ressens, jusqu'à cet instant même.
Parce que je suis une fille terriblement fière et qui préfèrerait mourir plutôt que de risquer de donner un coup d'épée dans l'eau, sans aucun résultat, et pourtant je suis là à faire la chose la plus inimaginable qui soit, et je sais que ça ne servira à rien.
Parce que je voudrais qu'il y ait Rocky à la télé tous les soirs, des galets à perte de vue sur les plages interminables de Cayeux, et même des chemins de croix (oui, même ÇA). Parce que jamais je n'aurais imaginé manger un sandwiche au foie gras poêlé en plein salon du chocolat, et que c'est toujours comme ça avec toi, il y a sans cesse ce quelque chose en plus, d'indéfinissable.
Parce que je me fais avoir à chaque fois quand tu cries pour me faire peur. Pour ces fois où t'essaies de me recoiffer (et que ça ne marche pas), pour ces matins où je me blottis contre toi, pour les baisers au sommet de la tête, pour ces looooooooooongues séances de guilis du dos, pour toutes les fois où t'as raison et que tu te fous de ma gueule, pour toutes les fois où j'ai raison (et là c'est encore meilleur :p)... Toutes ces insignifiances, les 1600 textos, nos pauvres voisins, mes retards, ces heures en voiture, les vaches et la mer. Et toutes les questions que je meurs d'envie de poser.
Parce que moi je commence à voir ce que pourrait être la suite, même si je sais que je n'ai pas le droit de chercher trop loin. Et j'ai envie de ce que je vois.
Parce que c'est à la fois simple et horriblement compliqué, mais pour la première fois, je commence à croire qu'on peut vivre avec les deux, qu'on peut vivre sans désespérer, et tout le monde s'accorde à dire que t'as fait un miracle, là.
Parce que je ne veux plus me poser de questions, sauf les soirs de pleine lune, et que la seule chose à laquelle j'arrive à penser maintenant, c'est que si ça se termine comme ça, tu vas m'arracher le coeur, et il ne tenait déjà plus très bien...
Maintenant il ne faudra JAMAIS mentionner ce que je viens d'écrire, sous peine de mort par un moyen terrible qu'il faudrait que je mette au point, au cas où. Je ne voulais surtout pas que tu penses que ça n'avait pas d'importance pour moi, même si mon amour-propre est un peu mort depuis la première ligne.





