
Fin de semaine.
J'ai de plus en plus de mal à revenir à mon état normal, surtout par -40°C. Parfois, j'arrive à m'agiter assez pour faire fondre cette petite couche de glace qui obscurcit mon jugement, mais c'est pas souvent. Je ne me mets plus en colère, la joie intense ne m'atteint plus, plus vraiment de tristesse non plus, une sorte d'état second (non, je n'ai pas léché de crapaud, je ne suis pas Homer Simpson) très détaché de tout, en observatrice extérieure, dans lequel, périodiquement, de petits événements provoquent une sorte de déclic, soit un grand poids qui s'envole, soit une sorte d'agacement nerveux, qui me fait presque perdre le contrôle. Le reste du temps, hibernation affective.
Par contre je rentre dans une phase d'intense activité intellectuelle et artistique (enfin intense, le tout est relatif hein :p), lecture, écriture, dessin, musique, monologues intérieurs essentiellement d'ordre existentiel...
Parfois surgit le désir, mais ce n'est plus qu'une recherche de plaisir presque raffiné ou mis en scène, sûrement qu'en m'y plongeant je le trouverais fade, plus rien de vraiment naturel, aucun instinct véritablement animal ne me hante. Il me manque l'objet, le plus souvent, la cible de fantasmes licencieux. Et cette chaleur qui exige que l'on froisse les draps.
Oh! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges,
Que de fois nous devons vous attrister, archanges!
C'est vraiment une chose amère de songer
Qu'en ce monde où l'esprit n'est qu'un morne étranger
Où la volupté rit, jeune, et si décrépite!
Où dans les lits profonds l'aile d'en bas palpite,
Quand, pâmé, dans un nimbe ou bien dans un éclair,
On tend sa bouche ardente aux coupes de la chair,
A l'heure où l'on s'enivre aux lèvres d'une femme,
De ce qu'on croit l'amour, de ce qu'on prend pour l'âme,
Sang du coeur, vin des sens âcre et délicieux,
On fait rougir là-haut quelque passant des cieux!
Pourvu que l'hiver ne soit pas trop rude, ou il se pourrait que je m'éteigne tout à fait.
