
A vrai dire, c'est encore J0, puisque je n'ai pas même réussi à dormir. Comme à chaque fois que je ne sais pas quoi faire d'autre, j'ai regardé le jour se lever, emmitouflée dans moi-même et assez désemparée. Je suis en enfer et je regarde le jour se lever.
J'ai regardé le jour se lever et je sais encore exactement ce que j'ai fait avant que tu arrives, ce que j'ai mis dans ce sac, je me souviens exactement de ce que tu portais et le nombre de pas que tu as fait de ma porte jusqu'à l'autre, ce que tu m'as écrit ensuite, le nombre d'heures que j'ai passées par terre en retenant ma respiration. Et ce ne sont pas des photos, je ne peux pas te rendre ce que j'ai vu, je ne peux pas essayer d'effacer quelque chose qui m'a faite exploser.
J'ai regardé le jour se lever, et dans ma tête, un défilé d'images vivides, ces matins, ces minutes où le temps s'arrêtait complètement, et le frelon devant la tente. J'ai essayé de chasser ces images, d'effacer le temps, mais je suis Lothie et je n'ai plus prise sur rien. Alors je me suis laissée envahir par ces petits films, l'odeur de la Baie de Somme, le vent du soir sur les remparts de Saint Malo, j'ai laissé le lait entier et les fraises et le Kouign Amann et les derniers échos du Globo s'abattre à l'intérieur de moi et me manger vive. Et j'ai pensé que j'aurais du déposer la moitié de moi dans ce putain de sac où j'ai mis deux heures à trouver comment y fourrer un cintre.
J'ai regardé le jour se lever dans un appartement qui vit encore dans un autre espace-temps, et ça en devient intolérable. Tu ne sais pas ta chance, de pouvoir te mettre à vivre ailleurs. J'évite de le regarder, je marche en aveugle dans ma propre maison, puisque tu es encore là, évidemment. Tu es encore en train de dormir dans le lit, et partout où tu as posé les mains, il y a une sorte de pulsation chaude. J'aurais dû mettre mon appartement dans le sac aussi. Et tout ce qui était là pour toi, le thé mangue-pêche, les trouvailles que j'ai jamais eu l'occasion de te donner, j'ai même commencé à détester les œufs au plat et les étendoirs à linge. Voilà où j'en suis.
En réunissant ce qui restait de nous, les choses inutiles que j'avais gardées (parce que je suis Lothie), je m'étais dit qu'il n'y avait pas grand chose et que ces petits objets n'auraient de toute façon pas grand sens quand tu les découvrirais plus tard avant de les jeter à la poubelle. J'ai failli garder un souvenir, pas de ceux que tu m'as offerts, mais de ceux qui déclenchent des images quand tu les tiens dans ta main.
Et puis je me suis rappelée que j'avais tout inventé. J'avais inventé du début jusqu'à la fin quelque chose qui n'a jamais existé puisqu'elle n'est arrivée à ne laisser aucune trace visible. Tout tient dans un sac. Tu l'as pris, t'es parti avec. Tu jetteras tout ce qui ne t'appartient pas, sans regarder, comme je te l'ai dit. Fin de l'histoire. Tu pourras passer à autre chose, toi.
J'ai regardé le jour se lever et je me suis rendue compte que jamais encore je m'étais sentie crever aussi intensément, peut-être parce que la colère n'a même pas eu de place dans ce processus. Il est toujours plus facile d'avancer quand on en veut à quelqu'un mais je ne peux pas t'en vouloir, moi-même je ne serais pas restée avec Lothie. I'm not the one for anyone.
J'ai regardé le jour se lever et il ne me reste plus rien, j'ai l'impression de m'être faite cambrioler. Quel énorme gâchis, avec pour seule cause le fait de n'avoir pas essayé assez fort. J'aurais tout donné. Tout. Et maintenant j'en crève, tu vois?
Alors je me suis levée de ma flaque de larmes et j'ai commencé à écrire, puisque je ne sais plus quoi faire d'autre. Il faut effacer l'espoir de te voir frapper à ma porte une nouvelle fois, celui de t'entendre à l'autre bout du fil, celui de te voir regretter ton geste. Il faudra écrire les images, sans relâche, pour qu'elles se fanent et vieillissent et un matin, quand je regarderai un autre jour se lever, alors il y aura quelque chose de neuf à vivre, peut-être.
Pour l'instant, je vais flâner encore du côté de la Tour de l'Horloge, comme dans un rêve. Et boire un café. Parce qu'il paraît qu'on s'y habitue.
J'ai regardé le jour se lever et je sais encore exactement ce que j'ai fait avant que tu arrives, ce que j'ai mis dans ce sac, je me souviens exactement de ce que tu portais et le nombre de pas que tu as fait de ma porte jusqu'à l'autre, ce que tu m'as écrit ensuite, le nombre d'heures que j'ai passées par terre en retenant ma respiration. Et ce ne sont pas des photos, je ne peux pas te rendre ce que j'ai vu, je ne peux pas essayer d'effacer quelque chose qui m'a faite exploser.
J'ai regardé le jour se lever, et dans ma tête, un défilé d'images vivides, ces matins, ces minutes où le temps s'arrêtait complètement, et le frelon devant la tente. J'ai essayé de chasser ces images, d'effacer le temps, mais je suis Lothie et je n'ai plus prise sur rien. Alors je me suis laissée envahir par ces petits films, l'odeur de la Baie de Somme, le vent du soir sur les remparts de Saint Malo, j'ai laissé le lait entier et les fraises et le Kouign Amann et les derniers échos du Globo s'abattre à l'intérieur de moi et me manger vive. Et j'ai pensé que j'aurais du déposer la moitié de moi dans ce putain de sac où j'ai mis deux heures à trouver comment y fourrer un cintre.
J'ai regardé le jour se lever dans un appartement qui vit encore dans un autre espace-temps, et ça en devient intolérable. Tu ne sais pas ta chance, de pouvoir te mettre à vivre ailleurs. J'évite de le regarder, je marche en aveugle dans ma propre maison, puisque tu es encore là, évidemment. Tu es encore en train de dormir dans le lit, et partout où tu as posé les mains, il y a une sorte de pulsation chaude. J'aurais dû mettre mon appartement dans le sac aussi. Et tout ce qui était là pour toi, le thé mangue-pêche, les trouvailles que j'ai jamais eu l'occasion de te donner, j'ai même commencé à détester les œufs au plat et les étendoirs à linge. Voilà où j'en suis.
En réunissant ce qui restait de nous, les choses inutiles que j'avais gardées (parce que je suis Lothie), je m'étais dit qu'il n'y avait pas grand chose et que ces petits objets n'auraient de toute façon pas grand sens quand tu les découvrirais plus tard avant de les jeter à la poubelle. J'ai failli garder un souvenir, pas de ceux que tu m'as offerts, mais de ceux qui déclenchent des images quand tu les tiens dans ta main.
Et puis je me suis rappelée que j'avais tout inventé. J'avais inventé du début jusqu'à la fin quelque chose qui n'a jamais existé puisqu'elle n'est arrivée à ne laisser aucune trace visible. Tout tient dans un sac. Tu l'as pris, t'es parti avec. Tu jetteras tout ce qui ne t'appartient pas, sans regarder, comme je te l'ai dit. Fin de l'histoire. Tu pourras passer à autre chose, toi.
J'ai regardé le jour se lever et je me suis rendue compte que jamais encore je m'étais sentie crever aussi intensément, peut-être parce que la colère n'a même pas eu de place dans ce processus. Il est toujours plus facile d'avancer quand on en veut à quelqu'un mais je ne peux pas t'en vouloir, moi-même je ne serais pas restée avec Lothie. I'm not the one for anyone.
J'ai regardé le jour se lever et il ne me reste plus rien, j'ai l'impression de m'être faite cambrioler. Quel énorme gâchis, avec pour seule cause le fait de n'avoir pas essayé assez fort. J'aurais tout donné. Tout. Et maintenant j'en crève, tu vois?
Alors je me suis levée de ma flaque de larmes et j'ai commencé à écrire, puisque je ne sais plus quoi faire d'autre. Il faut effacer l'espoir de te voir frapper à ma porte une nouvelle fois, celui de t'entendre à l'autre bout du fil, celui de te voir regretter ton geste. Il faudra écrire les images, sans relâche, pour qu'elles se fanent et vieillissent et un matin, quand je regarderai un autre jour se lever, alors il y aura quelque chose de neuf à vivre, peut-être.
Pour l'instant, je vais flâner encore du côté de la Tour de l'Horloge, comme dans un rêve. Et boire un café. Parce qu'il paraît qu'on s'y habitue.
