samedi 27 mars 2010

Where did you go?


Guettez la différence. C'est moi sur les deux photos (sauf que j'ai mystérieusement disparu de la seconde, on peut facilement deviner pourquoi). Vous avez le droit de vous sentir désolés pour moi. Maintenant je pourrai parler d'existentialisme, des scénarios d'une cyber-guerre et du chômage record. Et je vous ferai nerveusement l'œil à la Sartre en sirotant mon café. Parce qu'il paraît qu'il faut que je commence à m'intéresser au monde dans lequel je vis, au lieu d'en voir seulement les choses inutiles (en même temps, je n'y peux pas grand chose si les choses les plus belles n'ont absolument aucune direction).

Mais deep down, je continuerai d'espérer qu'un jour mon regard de chat se verrouillera à nouveau à celui de ce quelqu'un si spécial qui ne laisse pas les choses terrestres lui commander une façon de vivre, et que je pourrai laper mon lait chaud et sucré tout le jour durant (en n'en n'ayant rien à foutre du secteur sinistré de l'automobile). Avec beaucoup de mousse sur le dessus. En plus j'aime pas Sartre, alors.


Il y a eu des hauts immenses, des tiédeurs inquiétantes, et des jours où l'on ne se connaissait plus. Je ne crois pas en la fatalité. Prétendre qu'on n'y pouvait rien, c'était sombrer dans la mauvaise foi. On y est en réalité pour quelque chose, on y est toujours pour quelque chose. Feindre l'irresponsabilité, ou l'absence au monde, c'est être un salaud.

A vrai dire, je t'avais tout raconté. Je t'avais raconté mon angoisse de la vague qui se brise et celle de la main qui se refuse. Je t'ai dit pourquoi, et comment, et alors. Et quand tout a été fini, lorsque je me suis tue, alors, le vide m'a reprise, toute entière et au-delà, et j'ai fait un plongeon historique.

Et pourtant je sais que cette évidence entre deux personnes, n'existe pas. Les fantasmes nous hantent et nous poussent à poursuivre les éclats de voix qui se perdent. Il n'y aura que la morsure du plaisir, pour remplir ce vide qui nous fait nous affaisser sur nous-mêmes, comme des fantômes. Et pourtant, je me sentais à ma place, là, tout contre...

La naïveté nous rend humains, elle nous dépasse, elle n'a pas d'autre but, ni d'autre fonction que celle de nous distiller ce poison de l'inutilité, qui nous rend faibles de plaisir.

Cette route que nous nous efforçons péniblement de creuser, ces tours d'ivoires qui nous dominent, ces étendues immaculées dont la seule évocation suffit à nous faire renier ceux qui vous attachent et vous font enterrer des petits squelettes dans le sel. Tout ça. Ça ne vaut rien, n'est-ce pas? Mais dans le doute...

mardi 23 mars 2010

Un ptit café?

Ouais. Fut un temps où je n'étais pas encore une grosse loque. J'essaie de m'en rappeler.


Un prospectus d'un hôtel, une liste de menus maison, un ticket pour le Salon du Chocolat, la carte de visite de deux restaurants, un prospectus de château fort, la clef magnétique d'une chambre, un ticket de vestiaire, un tube de gel douche, deux tickets de cinéma, un sweat-shirt, un t-shirt, un briquet, un serpent, un caillou. Un polaroid. Quelque chose comme ça.

3 jours. 17 tasses de café. 3 heures de sommeil. 2 verres cassés. Rien mangé depuis 3 jours. Feeling rather SICK, but it's probably the point, self-punishment.

Il faudra probablement que je sorte de cet appartement un jour ou l'autre, anyway.

Je ne comprends plus pourquoi on s'est quittés. Je ne me souviens même plus de la raison pour laquelle il s'est passé tout ça. Je doute même qu'on ait été ensemble, au vu de cette séparation rapide et glaciale. "Tu vas me manquer", tu parles.

Bref, à deux doigts de le rappeler, de le supplier de revenir, de dire des choses qui ne s'effacent pas, mais j'ai imaginé cette scène des milliers de fois, et l'issue est toujours la même, évidemment, et jvoudrais m'éviter de me faire jeter une nouvelle fois. Milagros no existen para Lothie.


A part ça, je sens que le responsable du restaurant indien en face de chez moi veut un peu m'utiliser à des fins sexuelles peu recommandables. Et il sait où j'habite. Et il m'appelle 3 fois par jour. Bon, anyway, je ne mangerai plus de bouffe indienne avant je ne sais combien de temps. Vade retro Palais de Vandan.





Okay, l'abus de café rend un peu dingue.






Pour vous montrer que j'ai encore un peu d'humour dans la douleur...

J1: Ground Zero.


A vrai dire, c'est encore J0, puisque je n'ai pas même réussi à dormir. Comme à chaque fois que je ne sais pas quoi faire d'autre, j'ai regardé le jour se lever, emmitouflée dans moi-même et assez désemparée. Je suis en enfer et je regarde le jour se lever.

J'ai regardé le jour se lever et je sais encore exactement ce que j'ai fait avant que tu arrives, ce que j'ai mis dans ce sac, je me souviens exactement de ce que tu portais et le nombre de pas que tu as fait de ma porte jusqu'à l'autre, ce que tu m'as écrit ensuite, le nombre d'heures que j'ai passées par terre en retenant ma respiration. Et ce ne sont pas des photos, je ne peux pas te rendre ce que j'ai vu, je ne peux pas essayer d'effacer quelque chose qui m'a faite exploser.

J'ai regardé le jour se lever, et dans ma tête, un défilé d'images vivides, ces matins, ces minutes où le temps s'arrêtait complètement, et le frelon devant la tente. J'ai essayé de chasser ces images, d'effacer le temps, mais je suis Lothie et je n'ai plus prise sur rien. Alors je me suis laissée envahir par ces petits films, l'odeur de la Baie de Somme, le vent du soir sur les remparts de Saint Malo, j'ai laissé le lait entier et les fraises et le Kouign Amann et les derniers échos du Globo s'abattre à l'intérieur de moi et me manger vive. Et j'ai pensé que j'aurais du déposer la moitié de moi dans ce putain de sac où j'ai mis deux heures à trouver comment y fourrer un cintre.


J'ai regardé le jour se lever dans un appartement qui vit encore dans un autre espace-temps, et ça en devient intolérable. Tu ne sais pas ta chance, de pouvoir te mettre à vivre ailleurs. J'évite de le regarder, je marche en aveugle dans ma propre maison, puisque tu es encore là, évidemment. Tu es encore en train de dormir dans le lit, et partout où tu as posé les mains, il y a une sorte de pulsation chaude. J'aurais dû mettre mon appartement dans le sac aussi. Et tout ce qui était là pour toi, le thé mangue-pêche, les trouvailles que j'ai jamais eu l'occasion de te donner, j'ai même commencé à détester les œufs au plat et les étendoirs à linge. Voilà où j'en suis.

En réunissant ce qui restait de nous, les choses inutiles que j'avais gardées (parce que je suis Lothie), je m'étais dit qu'il n'y avait pas grand chose et que ces petits objets n'auraient de toute façon pas grand sens quand tu les découvrirais plus tard avant de les jeter à la poubelle. J'ai failli garder un souvenir, pas de ceux que tu m'as offerts, mais de ceux qui déclenchent des images quand tu les tiens dans ta main.

Et puis je me suis rappelée que j'avais tout inventé. J'avais inventé du début jusqu'à la fin quelque chose qui n'a jamais existé puisqu'elle n'est arrivée à ne laisser aucune trace visible. Tout tient dans un sac. Tu l'as pris, t'es parti avec. Tu jetteras tout ce qui ne t'appartient pas, sans regarder, comme je te l'ai dit. Fin de l'histoire. Tu pourras passer à autre chose, toi.

J'ai regardé le jour se lever et je me suis rendue compte que jamais encore je m'étais sentie crever aussi intensément, peut-être parce que la colère n'a même pas eu de place dans ce processus. Il est toujours plus facile d'avancer quand on en veut à quelqu'un mais je ne peux pas t'en vouloir, moi-même je ne serais pas restée avec Lothie. I'm not the one for anyone.

J'ai regardé le jour se lever et il ne me reste plus rien, j'ai l'impression de m'être faite cambrioler. Quel énorme gâchis, avec pour seule cause le fait de n'avoir pas essayé assez fort. J'aurais tout donné. Tout. Et maintenant j'en crève, tu vois?

Alors je me suis levée de ma flaque de larmes et j'ai commencé à écrire, puisque je ne sais plus quoi faire d'autre. Il faut effacer l'espoir de te voir frapper à ma porte une nouvelle fois, celui de t'entendre à l'autre bout du fil, celui de te voir regretter ton geste. Il faudra écrire les images, sans relâche, pour qu'elles se fanent et vieillissent et un matin, quand je regarderai un autre jour se lever, alors il y aura quelque chose de neuf à vivre, peut-être.

Pour l'instant, je vais flâner encore du côté de la Tour de l'Horloge, comme dans un rêve. Et boire un café. Parce qu'il paraît qu'on s'y habitue.