Guettez la différence. C'est moi sur les deux photos (sauf que j'ai mystérieusement disparu de la seconde, on peut facilement deviner pourquoi). Vous avez le droit de vous sentir désolés pour moi. Maintenant je pourrai parler d'existentialisme, des scénarios d'une cyber-guerre et du chômage record. Et je vous ferai nerveusement l'œil à la Sartre en sirotant mon café. Parce qu'il paraît qu'il faut que je commence à m'intéresser au monde dans lequel je vis, au lieu d'en voir seulement les choses inutiles (en même temps, je n'y peux pas grand chose si les choses les plus belles n'ont absolument aucune direction).
Mais deep down, je continuerai d'espérer qu'un jour mon regard de chat se verrouillera à nouveau à celui de ce quelqu'un si spécial qui ne laisse pas les choses terrestres lui commander une façon de vivre, et que je pourrai laper mon lait chaud et sucré tout le jour durant (en n'en n'ayant rien à foutre du secteur sinistré de l'automobile). Avec beaucoup de mousse sur le dessus. En plus j'aime pas Sartre, alors.
Il y a eu des hauts immenses, des tiédeurs inquiétantes, et des jours où l'on ne se connaissait plus. Je ne crois pas en la fatalité. Prétendre qu'on n'y pouvait rien, c'était sombrer dans la mauvaise foi. On y est en réalité pour quelque chose, on y est toujours pour quelque chose. Feindre l'irresponsabilité, ou l'absence au monde, c'est être un salaud.
A vrai dire, je t'avais tout raconté. Je t'avais raconté mon angoisse de la vague qui se brise et celle de la main qui se refuse. Je t'ai dit pourquoi, et comment, et alors. Et quand tout a été fini, lorsque je me suis tue, alors, le vide m'a reprise, toute entière et au-delà, et j'ai fait un plongeon historique.
Et pourtant je sais que cette évidence entre deux personnes, n'existe pas. Les fantasmes nous hantent et nous poussent à poursuivre les éclats de voix qui se perdent. Il n'y aura que la morsure du plaisir, pour remplir ce vide qui nous fait nous affaisser sur nous-mêmes, comme des fantômes. Et pourtant, je me sentais à ma place, là, tout contre...
La naïveté nous rend humains, elle nous dépasse, elle n'a pas d'autre but, ni d'autre fonction que celle de nous distiller ce poison de l'inutilité, qui nous rend faibles de plaisir.
Cette route que nous nous efforçons péniblement de creuser, ces tours d'ivoires qui nous dominent, ces étendues immaculées dont la seule évocation suffit à nous faire renier ceux qui vous attachent et vous font enterrer des petits squelettes dans le sel. Tout ça. Ça ne vaut rien, n'est-ce pas? Mais dans le doute...


