J'ai détesté notre dernière rencontre. On se serait crus dans une réunion de vétérans, le nous était vieux et sans saveur, et j'étais incapable de me comporter correctement. Parfois même je ne savais plus quoi te dire, de quoi parler, et le silence était paresseux et lourd, s'étendant comme une flaque d'huile. Un mer d'huile. Et moi au milieu, à te dire de trouver quelqu'un, à te dire que tout s'arrange.
Je me suis souvenue de quand tu m'arrachais à la vie et que tu me faisais tournoyer dans tous les sens, lorsque je n'en pouvais plus de discuter avec toi de la fin programmée de notre monde en me prenant au sérieux, lorsque tu avais un sens, lorsque j'avais un sens et qu'on était le centre. Et j'ai peur que tu aies raison finalement, qu'on ne se connaisse plus, parce que tu me l'as si bien répété que j'ai guetté ces intonations et ces gestes que je ne connaissais pas, rassurée lorsque tu reniflais comme d'habitude ou que tu t'essuyais avec du pain. Je ne te connais plus. Tu m'es devenu étranger, tu ne te gênes plus des mêmes choses, et maintenant tu as d'autres fronts à combattre, d'autres liens à construire. J'ai perdu tes clefs, et je doute les avoir déjà eues.
J'aurais aimé faire partie de tout ça, même de loin, mais tu sais que je ne fais jamais rien de loin.
J'aurais aimé que tu m'aides à ne pas oublier.
mardi 14 mai 2013
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