
"Il ne faut pas se marier. En règle générale, il ne faut pas s'emmerder avec un mec, il ne faut les prendre que quelques heures. Vous avez l'air d'une fille plutôt maligne, on ne doit pas vous la faire. Ah, vous vous êtes laissée prendre à ce jeu? Pourtant on sent chez vous un air de vieille école, mais vous avez encore des choses à apprendre : il y a encore trop de naïveté, vous êtes victime de votre temps. Regardez, là, je vous apprends déjà un peu des hommes. Ils seront gentils au début, ils seront des princes et des fous, mais bientôt tout ça s'évanouira et il ne vous restera dans les mains qu'une conscience morte qui ne vibrera qu'à l'idée de leur queue enfoncée dans une fille. Et les femmes sont toutes les mêmes. Ce que j'en sais? J'ai goûté le monde, moi, et en plus, je suis bisexuel, l'Homme entier est désirable. Mais bon, là vieille là bas, elle doit être bien rouillée, la machine doit plus trop bien marcher, sélection naturelle, si vous me demandez. Elle est moche. Moi je suis bien, seul. Bordel, ce tram met vraiment du temps à venir. J'habite avec une lesbienne qui a un gosse de huit ans. Je ne peux pas la quitter à cause de la fillette. Adorable, cette fillette. Ca lui ferait quelque chose si je me barrais. Elle m'a dit un jour qu'elle m'aimait parce que je lui achetais des bonbons, alors je lui ai demandé si elle m'aimerait toujours si je ne lui en achetais plus. Elle m'a dit que oui, mais moins. Les enfants sont compliqués. Comment voulez-vous qu'ils pensent droit si les parents n'y sont pas? Trop de disputes, trop de divorces. Tout ça parce qu'ils sont trop pressés, parce qu'ils ne savent plus choisir, parce qu'ils tirent au sort n'importe qui pour les aider à vivre et à les détourner de la mort du monde. Je suis sûr que vous lisez un peu. Beaucoup? Oui, c'est écrit dans l'air grave. Vous dégagez quelque chose de bizarrement complexe. Vous avez un air de poupée juvénile, mais l'attitude des femmes des années quarante, avec leurs chapeaux cloches, leurs bas nylon et leurs chaussures immatérielles, lèvres pincées, mais sourire d'enfant. Il ne faudra pas les laisser faire. J'ai l'impression que vous vivez seule, vos parents sont loin, ou absents, ou peut être tués par une avalanche de pierres au Kansas. Mais vous vivez mal avec cette solitude, alors vous comblez, c'est ptet un brave garçon, mais vous ne parlez pas, il ne vous dit pas qu'il vous aime, les hommes ça voudrait éviter de réfléchir. Il vous faudrait quelqu'un pour parler des choses de la vie quotidienne. Quelqu'un qui vous apprenne a mentir et à voir. Voilà, je vous donne mon numéro de téléphone, appellez moi quand vous voulez. Je suis Norbert. Vous m'appelerez ce soir, n'est ce pas? Je ne vous demande pas votre numéro, je sais que vous ne me le donnerez pas. Regardez, mon sac est bien plié. Bonne journée, mademoiselle. " (*baisemain*)
Norbert, si je vous avais rencontré au comptoir d'une petite librairie, j'y serai peut-être retournée vous acheter quelques livres, vous m'avez offert mon premier (et le seul) fou rire intérieur de la journée.
