
Tadam-dadam, tada-dadam.
Bientôt l'hiver, trop tôt, trop tard. Il y a toujours eu une multitude de saveurs à cette époque-là de l'année, du miel poisseux et de l'amer, il y a eu eux et moi, infiniment. Je prends un peu d'avance, à vrai dire, la nostalgie elle-même est trop loin pour que je puisse l'évoquer, il s'agit de vérifier si je vis encore là, mais rien n'est moins sûr. Tout s'est effacé du jour au lendemain, inexplicablement, comme on se retourne pour remarquer que la personne à côté de soi n'est plus là, voilà, ce n'est plus là.
J'y reviens, parfois, pour me rappeler de ne pas faire les même erreurs, mais ce garde-fou m'empêche de me pencher véritablement et de plonger la main dans ce qui nous fait tous disparaître. Je cautionne la théorie du moindre mal, en somme, et je ne sais pas si je dois m'en réjouir. Moins souffrir, moins ressentir.
Mais mais mais mais, on ne me prendra pas à mentir. Ce temps passé (ces matins, surtout, il y a une vraie douceur dans ces matins) avec lui, je ne peux pas m'empêcher d'en savourer chaque minute, même la plus insignifiante, celle en suspens qui ne parle à personne. Il y a une barrière, trois heures, trois jours, trois ans, mais je peux faire de petits châteaux de sable dessus, ça me va pour l'instant.
"Il y a des moments où l'on a l'impression qu'on peut faire ce qu'on veut, aller de l'avant ou revenir en arrière, que ça n'a pas d'importance; et puis d'autres où l'on dirait que les mailles se sont resserrées et, dans ces cas-là, il ne s'agit pas de manquer son coup parce qu'on ne pourrait plus le recommencer."
La nausée, Jean-Paul Sartre
