Il fut jadis un temps où l’homme était Paladin,
Traquant le dragon, qu’il pourfendait sans relâche
Rêvant ce sur quoi se lèverait le matin,
Le blanc destrier, la Princesse, le panache.
La Belle dans son donjon, rêvait tout le jour
Comme il se devait, de son vaillant chevalier
Elle savait leur amour condamné au « toujours »
Et soupirait d’aise, d’être au bonheur destinée.
Si ces contes sont morts, l’amour, lui, est resté
Faisant se rencontrer ces amants de légende
Dans cette flamme que la passion révélée
Alluma dans nos cœurs, avant qu’ils ne se rendent.
Pour la première fois vus, et aussitôt aimés
Nous étions nobles parmi les ignobles apparus.
Deux âmes à la dérive, deux cœurs si rouillés
Qu’en un battement de cils, le reste ne compta plus.
Enlacements, secrets murmures, fureurs battantes
Nos lèvres comme des fleurs sanguines s’épanouissant
Toi, religieux d’amour, moi prêtresse charmante
Hautes figures de proue de notre amour naissant
Yeux de brume piqués d’or, regardant sans se voir
Reviens, disent-ils, ma souffrance est infinie
Et ce fut à nouveau leur soleil, et leur gloire
Ces amants réincarnés, vivant leur folie.
Agenouillés ainsi, nous étions ridicules
Olympiens et beaux, vivre nous était sublime
Fiers que la vie nous marque, que la mort nous brûle
Hardiesses qu’amour commande, inconscients de nos crimes.
La légende un jour nous déserta, suivant son bon plaisir
Nous laissant sur une branche un dernier trésor
Rossignols chantant dans un imbécile délire
D’aimer toujours, d’aimer sans fin, d’aimer encore
