
J’ai erré dans les rues de Paris encore et encore, pour trouver quelque part où les souvenirs s’agitaient davantage.
Le plus dur, je crois, ça a été de brûler les photos une par une, douze, une par anniversaire de notre « rencontre » (il avait tapé sur des imbéciles qui me tiraient les couettes ), en les détaillant toutes encore une fois, la façon dont on grandissait parallèlement chacun de nôtre côté, toujours en phase même si la vie tendait à nous séparer. 140 lettres, une par mois, envoyée le 7. Quelques bricoles, des morceaux de jouets, une bague, des coquillages, du sable, des tickets de métro et de cinéma, une poupée, des vêtements, des fleurs et de pétales séchés, des chocolats pourris, des cadavres exquis, des dessins, des textes, des portraits, des collages, le fameux collier de nouilles du CP, des menottes (lol), des bonbons, une collection de 57 décalcomanies malabar assidûment amassée par ses soins, des malabars justement, 8 jokers, la liste de ce qui nous rendrait heureux quand on avait 10 ans, avec « se marier chacun avec l’autre » en 2e position, et « qu’on soit les meilleurs amis pour la vie » en 1er…(en 3e yavait « être frère et sœur » xD) et d’ailleurs c’est de lui que je tiens de tout garder, pour moi c’est encore prolonger l’instant, j’ai trop peur de perdre ce qui m’a rendue heureuse, ça me paraît tellement loin dès l’instant même où ça finit. Ca devient triste à en mourir.
J’ai tout mis dans une grande enveloppe. Et je l’ai enterrée. Comme dans les romans d’amour avec plein de drame et de tragédie dedans. Je nous devais bien ça. Et j’ai brûlé les photos, un peu de mon doigt avec, je me suis pratiquement intoxiquée avec la fumée.
J’ai regardé là où il y aurait dû y avoir un petit tas de cendres, mais il n’y avait déjà plus rien. J’ai sautillé pour me donner un peu contenance. Mais j’ai fini par appeler un de nos amis communs. Ca s’est fini par l’Assassinat de Jesse James par le Lâche John Ford dans un cinéma pourri à Place de Clichy (à un moment j’arrivais plus à trouver la paille de mon gobelet de Tchai Tea Latte, ça m’a foutu les jetons). Et ça m’a rappelé quand on gueulait Bonnie And Clyde aux étoiles lors du feu d’artifice. Bref.
Suis passée chez Virgin pour acheter une recharge, mais yen avait plus, et je me rappelle m’être dit que finalement le portable, ça a servi à me rapprocher de tout le monde sauf de celui dont… je voulais me rapprocher, justement (je remarque qu’on ne peut jamais finir ce genre de phrase élégamment sans se répéter ni rien), puisque je ne peux plus passer mon temps sur le net, mais il ne joue absolument pas le jeu, bon, une seule fois, et 3 messages j’appelle pas ça du flood, franchement.
Et comme c’était écrit que ça allait être une journée pourrie, ya un vieux dans le métro qui a commencer à se frotter le bas-ventre contre moi, et c’est dans ce genre de situation je me dis que je devrais attraper ce genre de pervers par les roubignolles, tirer fort dessus jusqu’à ce que ça finisse par se détacher, en gueulant QU’EST CE QUE TU VEUX CONNARD. Mais bon non, tu imagines, leur toucher les testicules, ya des limites.
Sur ce, je suis rentrée chez moi. Et j’ai pleuré pour la dernière fois sur cette histoire très très triste qu’est la mienne, en plus tout le monde se met à être ignoble ces temps-ci, sauf le pot de nutella qui s’est laissé manger jusqu’au bout sans rien dire, c’est un vrai ami celui-là.
