"Les plus belles hypothèses sont des rêves abandonnés. Comme des enfants au porches des églises.
Ou sur un banc d'une plage un gant, et la mer à marée basse au loin refait le bruit éteint des baisers."
Il fait encore beau aujourd'hui.
Ce matin le vaillant petit soldat Lothie est allée courir avec ses bat-baskets flambant neuves. Courir pour moins sentir l'attente et un peu plus le matin frais. Lothie a tenu le coup, ne s'est pas évanouie dès la première foulée, et a couru presque une heure avec son papa, euh non, son coach... 4 kilomètres sans s'essouffler...
Résultat Lothie a les yeux qui se ferment tout seuls à 15h, elle peut plus bouger à cause des courbatures et elle se met à rêver un peu. De ses boîtes à bentô, de ce qu'elle va préparer pour la Japan, d'une disposition mi, et prie pour ne pas se prendre le rateau de sa vie... Elle trouve qu'attendre mardi, ça va être long, mais il faut le laisser se reposer un peu...
Lothie se dit que sa vie pourrait être jolie si elle s'y mettait, jolie comme la mini bouteille de jus de pamplemousse pampryl.
Elle voudrait se blottir, rêver un peu, tout contre lui, à ce que serait leur vie plus tard, s'ils se donnaient la peine de construire.
Ca sent l'eau qui s'évapore sur les dalles brûlantes après la pluie, l'odeur bizarre à la sortie des salons de coiffure, tiens elle devrait ptet se faire couper les cheveux, mais il paraît que c'est mieux comme ça, ça sent l'écorce, l'orange et le soleil. Lothie est une fille de l'été.
Elle n'a plus la patience de lire, pourtant Malraux la tente bien, joliment tourné, mais ça fait 3 fois qu'elle le repose, elle ne peut pas aller plus loin que la 3e page, elle se met à penser au bentô qu'elle va faire, il faut qu'il soit joli mais surtout comestible, un bentô radioactif ne va rien changer à l'histoire.
Lothie aime bien avoir de petits projets à deux qui tiennent la route, partir en voyage, vivre ensemble, manger des bentôs commestibles à la JE, aller à la mer, ça permet de se réjouir à l'avance, comme la veille de Noël où on trafique l'horloge pour qu'elle sonne minuit plus tôt.
Par contre, Lothie déteste attendre. C'est pas son truc, voilà tout. Mais lorsqu'elle attend quelque chose de la part de quelqu'un, elle n'ose jamais, parce que "ça va pas l'faire", et puis que ça va pas de demander des choses au gens non plus. Du coup, elle ferme les yeux et les poings très fort pour faire passer son message par télépathie, mais généralement ça ne marche pas non plus. Alors elle fait comme si les autres étaient censés deviner ce qu'elle veut, donc ça prend 3 ans ça encore... Et après elle entre dans des tas de crises existentielles parce que personne devine ce qu'elle veut, et que ça voudrait dire que personne fait vraiment attention à elle. Suffirait de demander, remarque.
Non, Lothie n'est pas compliquée, elle est "complexe". Toc.
Le Malraux est surligné. Lothie pensait que le précédent lecteur mettait en valeur de jolies phrases, de la musique, comme elle le fai tout le temps sur les bouquins et qu'après il faut tout gommer avant de le prêter à quelqu'un d'autre, parce que c'est la honte totale de marquer en marge "penser à ne pas grandir"... Mais il ne relevait que les hommes de guerre, de politique, les dates et les noms des lieux, comme si la musique était là, Mao, c'est pas musical, ça veut dire chat.
Lothie ne se rappelle plus comment c'était. Ca lui semble déjà des siècles. Ca doit être chaud comme lorsqu'on est au soleil.
Parfois Lothie a dormi sur son bras, il devient tout mou, et Lothie se donne des claques avec ou serre sa propre main, comme s'il y avait quelqu'un d'autre. Lothie est très sociale.
Elle s'imagine allongée par terre, sur l'herbe ou sur un terrain de basket, à sentir l'odeur du sol, et à regarder le noir du ciel (oui parce que c'est la nuit qu'elle a envie de faire ça généralement). Alors elle s'asseoit sous sa fenêtre et essaie de distinguer toutes les constellations qu'elle avait si bien retenues au Palais de la Découverte. Et ça lui rappelle les étoiles filantes qu'elle partageait un soir d'été. Lothie aime bien sourire dans le noir, ça se voit pas.
Lothie n'aime pas vraiment parler d'elle aux autres, elle a trop peur de les ennuyer, alors elle a écrit un blog. Celui-là. Pour parler d'elle avec elle. Comme une histoire d'amour avec personne.
Et Lothie aime bien les concepts tordus.
